L’émergence des vins de lieu californiens

Par Jacky Rigaux et Charles Rigaux


Les vins de Californie sont entrés dans le concert des vins fins avec la marque comme porte drapeau. Lors du fameux « Jugement de Paris de 1976 »[1] qui signe leur entrée sur la scène médiatique, ce sont Château Montelena (chardonnay) et Stag’s Leap Wine Cellars (cabernet-sauvignon) qui devancèrent Meursault Charmes et Château Mouton-Rothschid (Pauillac), et non des lieux où naquirent les raisins, comme Chambertin ou Romanée.[2] Une première visite en Californie, en 1988, avec Didier Dagueneau, vigneron à Pouilly-sur-Loire et Philippe Engel, vigneron à Vosne-Romanée, m’avait permis de connaître Mel Knox qui organisait notre tour sur les recommandations de Jean François, le tonnelier bourguignon, et de Becky Wasserman qui fit connaître l’élite des petits domaines bourguignons aux Américains. Mel commercialisait les tonneaux François Frères et Taransaud. Il était donc introduit chez les plus grandes « wineries » californiennes et nous emmena chez la trentaine des meilleurs « winemakers » du moment : Josh Jensen (Calera), Zelma Long (Simi), Dick Graff (Chalone), David Ramey (Matanzas Creek), Richard Ward (Saintsbury), Williams Seylem… En m’accueillant pour honorer notre première visite, il me dit avec son bel accent américain : « Bonjour Jacky. Jean (François) m’a dit que tu étais le chantre du terroir, le poète des climats de Bourgogne. Le terroir, oui, mais sans doute guère pour plus de 10 % dans l’élaboration du vin. Ici tu vas rencontrer des « winemakers » ! » Et nous parcourûmes les grandes régions viticoles, Carneros, Napa Valley, Sonoma, Santa Cruz, ainsi que Santa Barbara où Jim Clendenen faisait figure de pionnier et initiait une des premières aventures « à la bourguignonne » en créant « Au Bon Climat ». Partout nous fûmes reçus royalement. Point de visites de vignes proposées cependant, mais une bonne partie du temps consacrée à la découverte des « wineries » dont la rutilance et la haute technologie nous impressionnèrent, suivie d’une dégustation de tous les vins, dans des salles de dégustation que nous n’imaginions pas, avec une dizaine de beaux verres devant nous, plus si le nombre de vins proposés l’exigeait ! En ces temps-là on dégustait encore avec le « verre à moutarde » à Pouilly et avec le verre ballon type « cognac » dans les caves bourguignonnes, à côté des tonneaux. Un choc culturel, un nouveau monde du vin, une haute technologie vitivinicole insoupçonnée ! A Simi, par exemple, nous fûmes impressionnés en apprenant qu’un avion venait d’arriver avec une cargaison de raisins prêts à être vinifiés… On a pu cependant rencontrer quelques winemakers de type artisanal, comme Burt Williams (Williams Selyem), Josh Jensen (Calera), Steve Kistler ou Tony Soter (Etude), qui s’engageaient dans un intérêt pour le lieu, et bien sûr Jim Clendenen. L’intérêt pour le lieu pouvait bien exister en ces terres où tout était permis pour faire du vin, mais ce n’était qu’une toute petite esquisse !


[1] Taber (G.M.), Le Jugement de Paris, éd française, Gutenberg, 2008.

Bottle Shock, film.

[2] Il existe des régions viticoles américaines, « American Viticultural Area, (AVA) », des zones viticoles aux cararactéristiques géographiques spécifiques. Ces « AVA » existent dans pratiquement tous les états américains. Un seul état américain ne possède pas de vignes ! Une « AVA » désigne une zone géographique, sans mention de cépages, de rendements, de méthodes culturales ou de vinification. En Californie, les « AVA » les plus réputées sont : Stags Leap District, Oakville, Rutherford, Spring Mountain District, Sonoma Coast, Santa Cruz Mountains, Santa Ynez Valley…

L’idée de terroir s’impose en Californie

Dix ans plus tard, en 1997, le même Mel Knox m’accueillit lors d’un royal pique-nique en pleine nature dont les Américains ont le secret, dans Armstrong Woods, une bouteille à la main, en s’écriant : « Jacky, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! » Et de me montrer fièrement une bouteille estampillée : « Designated Vineyards », issue d’une parcelle qu’il avait achetée avec Jim Clendenen et Jean François ! Entre temps, j’avais fait la connaissance de Ted Lemon[3] venu faire des études en France et qui était resté pour s’initier au travail de la vigne et travailler, en 1982, au domaine Guy Roulot à Meursault. Ce dernier venait de décéder, à l’époque où Jean-Marc, son fils, préférait le métier de comédien à celui de vigneron ! Intelligent, cultivé, sensible, sympathique, passionné, désireux d’apprendre, Ted fut chaperonné par Aubert de Villaine, Georges Roumier, Jacques Seysse (Domaine Dujac) et Hubert de Montille. On ne pouvait espérer meilleurs guides ! De retour aux USA, il quitta la Côte est où il était né pour travailler à Château Woltner en Napa. En 1993, il fondait sa propre affaire, Littorai, d’abord en louant une cuverie, avant de créer sa ferme bio-dynamique en 2003, à Sebastopol en Sonoma. Dès la fin des années 1980 il avait pressenti les gros potentiels viticoles de la côte Pacifique de Sonoma. Inlassablement, en propriété ou en fermage, il identifia ce qu’il aime appeler des « terres nobles », pour une viticulture bio-dynamique de lieu. Ces « hauts-lieux » soigneusement identifiés et compris, peuvent être loin les uns des autres. L’un d’entre eux, par exemple, lui pose même quelques problèmes avec les ours qui habitent le secteur, mais en écologiste convaincu il accepte la faune et la flore du coin ! Tous les vins sont vinifiés par lieux soigneusement identifiés donc et affichent fièrement leur nom pour délivrer avec une précision d’orfèvre le message de leur terre de naissance : Mays Canyon, Hirsch, Savoy, The Haven, One Acre… Il est triste en évoquant la Côte bourguignonne qu’il aime tant, couverte exclusivement de vignes, sans souci de la biodiversité. Il est heureux de voir que cela bouge sur la montagne de Corton et apprécie le travail d’un Bruno Clavelier, de Vosne-Romanée, qui s’efforce de sauvegarder le territoire des deux espèces de chauves-souris sur les hauteurs du vignoble, qui viennent se délecter des insectes qui s’attaquent à la vigne, à des heures différentes !

Autre figure de l’aventure « terroiriste » californienne, Chris Howell[4] qui dirige Cain sur les hauteurs de San Helena, entre Napa et Sonoma. C’est Didier Dagueneau qui m’en parla le premier dans les années 1990. Venu dès 1999 aux « Rencontres Henri Jayer » qui réunissent chaque année une quarantaine de vignerons, il tissa une belle relation amicale avec le maître des terroirs avec lequel il aimait parcourir les vignes en l’écoutant. Chaque parcelle est identifiée, récoltée au bon moment, vinifiée séparément, pour donner un vin à l’identité bien trempée, un authentique vin de terroir, un vin de « haut-lieu ». Cain Five est sans doute un des vins de terroirs les plus aboutis de Californie aujourd’hui, avec une belle robe limpide, une consistance flexible, une vivacité toujours marquée et une longueur qui permet à la sapidité de se déployer avec grâce et évidente digestibilité, loin de tous ces vins californiens trop capiteux et fatigants dès le deuxième verre !

Si le mouvement vers l’intérêt pour des vins qui délivrent le message de leur lieu de naissance est encore faible en Californie, il est maintenant solidement mis sur orbite et il peut compter sur quelques-uns des meilleurs vignerons du moment, Ted Lemon, Chris Howell et Jim Clendenen en tête. En Amérique, comme en Europe, la tension entre les vins issus de la construction d’un goût et ceux qui expriment le message du lieu, est vive. Le vin fin relève-t-il de l’artisanat ou de l’industrie ? Cherche-t-il à être au plus près de ce que la nature peut donner, ou est-il le pur produit de l’imaginaire et de la technologie humaine ? Ne nous y trompons pas, ce ne sont pas que les « winemakers » du Nouveau Monde qui produisent des vins technologiques. « Il existe des vedettes du vin technologique dans les appellations les plus réputées de France, mais qui se voilent, enrobées de la bénédiction et de la réputation de leurs terroirs. Les vins « fabriqués » reflètent le monde d’aujourd’hui. Une civilisation qui hurle génère des vins qui hurlent ! »[5]


[3] La terre noble, in Le terroir et le vigneron, Terre en Vues, 2006 (pp. 285-293) et Vin de fabrication et vin de terre, in Le climat, le vigneron et le gourmet, Terre en Vues, 2019 (pp. 139-140)

[4] Naissance des nouveaux terroirs californiens, in Le terroir et le vigneron, Terre en Vues, 2006 (pp. 277-284).

[5] Ted Lemon. Cette phrase est en écho avec celle de Jean-Michel Deiss qui rappelle que trop de vins aujourd’hui, même dans des vignobles historiques, « expriment plus le cri du cépage que le murmure du terroir ».

Quelques beaux vins de lieux dégustés en juillet 2019

Aux côtés des vignerons qui ont mis sur orbite les vins de lieux californiens, aujourd’hui sexagénaires, voire octogénaires, émerge une génération de trentenaires, souvent initiés ou adoubés par leurs aînés. Plutôt que de magnifier le cri du cépage, ils s’efforcent de nous laisser apprécier le murmure du terroir !

  • RUDD ESTATE, 2015

C’est Chris Howell qui m’a demandé d’inviter Frederick Amons aux « Rencontres Henri Jayer », au moment où il prenait la direction de Rudd. On est à Oakville, au cœur de la Napa Valley, et le vignoble se déploie en un seul tenant, à la manière d’un clos bourguignon sans les murs d’enceinte, au sortir d’un vaste cône de déjection, donc riche de colluvions descendues de la montagne, colluvions d’origine volcanique ici. A la manière du Clos de Tart, dont il s’est inspiré, il a isolé plusieurs parcelles différentes, chacune récoltée et vinifiée à part, en goûtant, à la manière de Dom Denise,[6] les raisins, pour s’assurer de leur maturité phénolique et non seulement technologique (acidité, tannins…). Le renouveau de Rudd a commencé il y a 25 ans avec David Ramey, puis Patrick Sullivan, et se poursuit avec la fille du propriétaire, Samanta Rudd, qui goûte très bien et qui accepte que Frederick Ammons ne cherche pas à obtenir 100 points chez Robert Parker, mais qu’il s’emploie à magnifier le terroir ! Une quinzaine de personnes sont au service d’un vignoble d’une vingtaine d’hectares, en bio-dynamie depuis 2016, avec en particulier le compost de Maria Thun. Les fermentations sont spontanées, avec les levures du lieu. Les vins gagnent ainsi en originalité pour affirmer un caractère bien trempé et générer une véritable sapidité, une dimension minérale évidente. Le premier vin se nomme Rudd. Il est issu de ce que le lieu offre de mieux chaque année. C’est un des vins les plus recherchés du moment, avec ses tout proches voisins, Harlan et Screaming Eagle, d’où son prix élevé, autour de 250 dollars, ses deux voisins étant autour de 750 dollars. On trouve un deuxième vin, Samanta, qui se vend autour de 175 dollars et un troisième Cross Road à 80 dollars.

Son premier millésime, 2015, est encore un peu trop californien, mais avec une grande texture, une consistance évidente, une vivacité qui pointe son nez et une grande longueur. Il laisse déjà entrevoir l’exquise finesse du lieu que l’on découvre en le dégustant au fût dans sa version 2017.


[6] La lecture de Dom Denise, moine cistercien à qui l’on doit Les vignes et les vins de Bourgogne, rédigé en 1779, est toujours inspirante (réédition Terre en Vues, 2006, p. 37)

  • THE HILT

J’ai connu Matt Dees en 2017, grâce à Armand Magret qui m’avait été présenté par mon ami Jean-Charles de La Morinière, qui venait de céder Bonneau du Martay à l’américain Stan Kroenke. J’avais eu ainsi l’occasion de faire un premier tour dans les vignes en juillet 2017 qui m’avait impressionné. Avec The Hilt, on est dans un vignoble de montagnes, planté sur des pentes abruptes, dans un haut-lieu viticole nommé Salsipuedes, tout près du Pacifique. Le célèbre consultant bourguignon Bernard Hervet, comme le non moins célèbre vigneron, Etienne de Montille, considèrent que c’est dans cette contrée que l’on fera les meilleurs vins américains avec les cépages chardonnay et pinot ! Au sein de la grande région viticole nommée Santa Rita Hills émerge ainsi quelques hauts-lieux viticoles où se feront demain, peut-être, les plus grands vins de terroirs d’Amérique du nord ! Les sols sont siliceux, avec un peu de calcaire, et il y a beaucoup de vent. L’ensoleillement est permanent, le froid également, « comme le rayon de soleil dans un frigo ! ». Yves Hérody est venu au printemps 2019 pour aider Matt à comprendre le fonctionnement des sols et lui a confirmé qu’on est bien en présence d’un grand terroir viticole.

The Hilt « Bentrok », 2017

Dégusté au pied de la vigne, The Hilt « Bentrok » 2017 tirait l’œil avec sa belle robe rubis limpide, brillante. L’attaque était nette, précise, la vivacité évidente, loin de la suavité qui caractérise nombre de vins américains dès l’entrée en bouche. La texture soyeuse se déployait avec délicatesse et la longue fin de bouche était d’une grande sapidité. En rétro-olfaction on avait des notes florales et des sensations rappelant la peau verte du citron, signe de grande tension et de minéralité affirmée.

The Hilt « Radian », 2017

On est dans un lieu où la roche de diatomite domine. On aperçoit de la vigne la plus grosse carrière au monde d’extraction de cette poudre de roche très recherchée. Les racines se plaisent en un tel lieu. Cette roche très fissurée, d’une légèreté incroyable, est sans doute pour quelque chose dans l’exquise délicatesse de la fin de bouche. Le vin est pourtant très impressionnant à mi-bouche, pour finir tout en subtilité. La texture est très racée, sur le velours. La couleur est plus affirmée encore, mais se livre également avec délicatesse à l’œil. Radian s’exprime avec un peu plus de vivacité, de viscosité et de minéralité que Bentrok. La démonstration qu’il est judicieux de bien distinguer les deux lieux, plutôt que d’offrir à l’amateur une cuvée ronde d’assemblage ! A partir du millésime 2018, cinq vins de lieux seront proposés. Les leçons des Rencontres Henri Jayer confortent Matt dans son engagement dans la logique des « climats » bourguignons !

La dégustation du millésime 2018 au fût confirme l’originalité des 8 parcelles soigneusement identifiées par Matt Dees. Radian affirme son gros potentiel avec une grande sensation tactile veloutée à mi-bouche, une belle salivation en finale et une touche exquise de poivre blanc qui cohabite avec bonheur avec les évocations florales. Bentrok confirme son toucher soyeux et sa puissance retenue sur une trame très serrée et délicate.

  • JONATA

 Le vignoble de Jonata naît en 1999 sur l’emplacement très sablonneux d’un ranch pour bovins. Il est également conduit par Matt Dees. On y a planté un peu de tout, à l’américaine, comme cela se faisait il y a une trentaine d’années avec tous les cépages fins de la vieille Europe : cabernet sauvignon, petite syrah, sangiovese… Pas de pinot et de chardonnay car ces cépages n’ont rien donné de probant. Grâce à l’influence de l’océan, tous les printemps sont frais. Comme les sols ne retiennent pas l’eau, les peaux des raisins sont toujours épaisses.

80 acres sont consacrées à la vigne à Jonata, d’autres y accueillent 150 moutons et chèvres. On y trouve également une basse-cour. Des oliviers et des arbres fruitiers y poussent et toute une biodiversité naturelle y est respectée. De nouvelles plantations de vignes avec des cépages grecs permettent d’expérimenter une viticulture sans irrigation. Pas de pesticides, pas d’herbicides, on est proche d’une viticulture biologique, et Matt pense à le mettre prochainement en viticulture bio-dynamique.

  • GRGICH HILLS ESTATE

C’est Miljenko Grgich, né en 1923, venu de Croatie qui fonda l’entreprise, riche aujourd’hui de cinq entités : 80 hectares d’un seul tenant dans American Canyon, 60 hectares à Carneros, 30 hectares à Yountvill, quelques hectares à Rutheford, ainsi qu’à Calistoga, où il commença comme winemaker au Château Montelena… et gagna la première place au « Jugement de Paris de 1976 ».

C’est aujourd’hui un neveu, Ivo Jeramaz, le neveu de Mike Grgich qui dirige les domaines et s’emploie, en particulier, à développer American Canyon, 80 hectares d’un seul tenant, en viticulture bio-dynamique. Il s’est assuré l’aide d’un consultant français qui s’est fait une grande réputation en Californie, Philippe Coderey, venu de Cuers, près de Toulon, où sa famille possède un vignoble. On est dans un endroit frais, pas plus de 27° au plus fort de l’été, au début de la Napa Valley quand on vient de San Francisco. Seuls des engrais verts sont étendus après les vendanges. Tout est récolté à la main, avec 25 vendangeurs mexicains expérimentés.

Grgich, Sauvignon, Essence, 2017 et 2013

Le cépage sauvignon a toujours passionné les Grgich, et Ivo perpétue cette tradition pour une version 2017 tonique, qui entre en bouche avec une belle vivacité pour se développer sur une bonne texture qui finit sur la suavité en fin de bouche. Le millésime 2013 offre une bouche plus consistante, avec une finale plus minérale, la preuve que le vin vieillit bien.

Grgich, Chardonnay, Carneros, 2016 et 2014

Le vin est issu d’une vigne aux belles argiles d’une profondeur proche d’un mètre. Pas de fermentations malolactiques pour les vins issus de ce cépage pour conserver un maximum de fraîcheur. C’est plus un « vin de place » qu’un vin de cépage, qui s’exprime plus en fin de bouche, sur des sensations épicées, qu’en milieu de bouche un peu trop suave, un peu trop style « américain ». La consistance est plus affirmée en 2014 qu’en 2016.

Grgich, Cabernet Sauvignon, Yountville, Vieilles vignes, 2013et 1995

Ce vin est issu du meilleur terroir de Yountville, qui jouxte les vignes de Dominus qui le surplombe, fondé par Christian Mouex. La robe est d’une grande limpidité, brillante et profonde. L’attaque est plutôt nerveuse, pour laisser place à une belle consistance qui se déploie avec délicatesse sur une texture veloutée. Un vrai « vin de place » ! Avec le millésime 1995, confirmation qu’on est bien dans un véritable « vin de lieu », capable de bénéficier du vieillissement pour révéler sa personnalité.


David Ramey, Jacky Rigaux, Mel Knox et Chris Howell

Matt Dees et moi dégustons The Hilt 2017 devant la roche mère
Jacky Matt et Charles
La roche mère
Cain Le vin maternel
Matt et Jacky
Cain 2006
Cain 2014

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